Ces taxes existent pour qu’on les paie
Ces taxes existent pour qu’on les paie

Le Conseil National a donc approuvé les taxes sur les billets d’avion, par 135 voix contre 65, et décidé d'inscrire cette mesure dans la loi sur le CO2. Ces taxes seront perçues sur tous les vols en partance de la Suisse. Leurs montants pourront s’élever jusqu’à 5’000 francs !
Contrairement à ce qu’affirment certaines Conseillères nationales, ces taxes existent pour qu’on les paie. Et ces taxes posent plusieurs problèmes. Passons-les en revue :
Des taxes qui n’atteignent pas leur but
Toujours selon nos Conseillères nationales, « La taxe sur chaque billet d’avion en Europe devrait diminuer le nombre de vols de 10% ». Une telle affirmation n’est basée sur aucune étude scientifique sérieuse. Et cela va à l’encontre de toute logique économique. Dans le transport de passagers, l’élasticité de la demande est nulle.
Prenons l’hypothèse d’un billet d’avion à 250 francs. Une taxe de 30 francs équivaudrait à une majoration de 12%. Une taxe similaire sur le prix de l’essence n’entraîne pas une réduction des voitures en circulation. Il en est de même pour le transport ferroviaire. Une augmentation du prix du billet n’entraîne pas de changement dans le comportement des consommateurs. Ils protestent, mais ils continuent à prendre le train.
La raison est le manque d’alternative. Sur toutes les lignes européennes au départ de Genève à l’exception de 3, (Milan, Paris et Zurich), l’avion reste plus rapide et souvent moins cher en l’absence de trains à grande vitesse. Pour les vols hors Europe, il n’y a pas d’autres solutions.
Des taxes qui ne respectent pas le principe du pollueur payeur
Cette taxe crée une distorsion de concurrence car les compagnies aériennes étrangères avec seulement quelques départs de Suisse ne répercuteront pas la taxe. La taxe s’imposera par contre sur tous les vols de Swiss, compagnie qui possède par ailleurs l’une des flottes les plus modernes au monde et donc l’une des moins polluantes. Par conséquent, si un passager au départ de Genève choisi un autre transporteur, (dont la flotte a de forts risques d’être moins moderne et plus polluante), il ne payera pas de taxes. Absurde.
Des taxes qui ne sont rien de moins qu’un impôt supplémentaire
A l’heure du déconfinement et en plein cœur de la pire crise économique en Suisse depuis 75 ans, imposer une taxe à nos PME exportatrices frise l’indécence…
Des taxes qui nuisent gravement à l’attractivité de la Genève Internationale
Interrogeons-nous également quant à l’impact d’une telle décision sur le plan diplomatique. Face la promotion mise en place par d’autres métropoles afin d’accueillir des organisations internationales et des ONG, est-il opportun de déployer d’une main des efforts politiques importants à Berne afin d’attirer des crédits fédéraux au bénéfice de la Genève internationale et de pénaliser de l’autre main le transport aérien si stratégiques pour les délégués et diplomates internationaux ?
Des taxes qui péjorent particulièrement les pays en développement
La démocratisation des voyages en avion a permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté. Elle a agi comme une force de changement positif dans le monde. Et n’oublions pas que des dizaines de pays vivent du tourisme. Promouvoir la fin des voyages en avion comme le font certains de nos politiciens, c’est plonger dans la pauvreté des populations entières qui vivent du tourisme dans des pays tels que la Grèce, la Tanzanie ou la Thaïlande.
Des taxes antisociales
Où sont ceux qui d’habitude sont si prompts à défendre les plus défavorisés dans notre pays ? Ces infirmières qui ont été applaudies, ces caissières à qui nous avons rendu hommage et leurs familles respectives n’auraient-elles plus le droit de voler afin, par exemple, de rejoindre leurs proches ? Ne sont-ce d’ailleurs pas ces familles qui, justement, sont les premières à souffrir de la crise économique provoquée par la pandémie et qui seront ainsi les plus durement touchées par la hausse des prix ? Défendre le pouvoir d’achat des revenus modestes et des classes moyennes, c’est aussi refuser de voter de nouvelles taxes antisociales.
Car oui, Mesdames et Messieurs les parlementaires fédéraux, ces taxes existent pour qu’on les paie. Et si ce n’est pas vous, ce sont ces très nombreuses familles qui ont des proches résidents à l’étranger et qui souhaitent simplement les étreindre de temps en temps…
Non, décidément, ces taxes posent une multitude de problèmes et n’en résolvent aucun.
Philippe MEYER
philippe.meyer@premiairclassetv.com
www.youtube.com/premiairclassetv
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