Le coronavirus transformera-t-il radicalement le monde du transport aérien ?

 

Les unes après les autres, les compagnies aériennes suppriment pratiquement tous leurs vols et parquent leurs avions au sol pour une durée indéterminée. Sachant qu’un avion rapporte des sous lorsqu’il vole mais coûte lorsqu’il est au sol, ce « grounding » aura un effet dévastateur sur tous les acteurs de cette industrie et sera fatal pour un grand nombre d’entre eux.

Ce cataclysme pourrait également entraîner un changement majeur de la structure même des compagnies aériennes, un changement qui pourrait même s’avérer positif sur le long terme.
Le régime actuel régissant la propriété et l'exploitation des compagnies aériennes date de la conférence de Chicago de 1945, liant les compagnies aériennes à leur pays d'origine. Les compagnies aériennes d'un pays souhaitant desservir une destination dans un autre pays doivent obtenir des droits de trafic de cet autre pays, droits qui doivent être négociés entre les 2 gouvernements. Ainsi, la nationalité d’une compagnie aérienne peut avoir une influence sur la taille du réseau que ce transporteur peut développer au niveau mondial. De plus, cet accord interdit effectivement la propriété supranationale des compagnies aériennes, bien que des changements au cours des 20 dernières années aient permis de modifier cette donne pour certaines d’entre elles (exemple : Swiss, détenue par l’allemande Lufthansa).
La crise actuelle fera disparaître de nombreuses compagnies aériennes mais pourrait aussi se transformer en opportunité de changer ces règles vieilles de 75 ans, afin de permettre la création de compagnies aériennes véritablement globales. Comme pour les entreprises de presque tous les autres secteurs, les compagnies aériennes appartiendraient à des actionnaires du monde entier sans égard à leur nationalité. Cela leur permettrait de fusionner, afin de réduire leurs frais généraux et d'optimiser leur capacité et leurs horaires en fonction de la demande des voyageurs.
En conséquence, les grandes alliances mondiales - Star, oneworld et SkyTeam - pourraient se réorganiser non plus en groupements de compagnies aériennes mais en fusionnant leurs membres. D'autres compagnies aériennes indépendantes et ayant survécu à la crise actuelle pourraient également fusionner pour former de nouveaux acteurs majeurs, capables de rivaliser avec les méga-compagnies aériennes ainsi créées.
Succédant au chaos actuel, la reprise économique post-coronavirus offrira une occasion unique de redéfinir les fondements de l’industrie du transport aérien. Mais la volonté de saisir cette opportunité existe-t-elle ? Si volonté il y a, il faudra paradoxalement l’opposer aux réflexes nationalistes de gouvernements souhaitant préserver « leur championne ».
Quant aux compagnies aériennes survivantes, elles se composeront vraisemblablement des 3 grandes compagnies chinoises, qui sont soutenues par leur gouvernement, de la plupart des grandes compagnies occidentales, des trois grandes compagnies du Moyen-Orient (Emirates, Etihad et Qatar Airlines), des compagnies à bas coûts comme Ryanair et EasyJet en Europe et plusieurs compagnies similaires en Amérique et en Asie, ainsi que de plusieurs compagnies de premier plan en Asie et en Océanie.
Mais après la crise du coronavirus, si l’on peut éviter les querelles nationalistes, notamment sur les questions ayant trait au transport aérien, on aura transformé la crise en opportunité. Dans le cas contraire, cela aurait des implications colossales pour l'ensemble de l’écosystème aéronautique, très affaibli, allant des fabricants d’avions aux aéroports, en passant par les acteurs indirects de l’industrie du voyage, (ne dit-on pas 1'000 métiers pour 1 avions ?). Le secteur en ressortirait considérablement amoindri et il en découlerait des conséquences catastrophiques pour tous ceux dont l’activité professionnelle en dépend, à l’instar des voyages d'affaires ou du tourisme, et ainsi de la prospérité générale.
C’est maintenant qu’il faut déjà tracer la bonne voie pour notre avenir à tous.

Philippe MEYER
philippe.meyer@premiairclassetv.com
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