Le danger qui guette la nationalisation des compagnies aériennes

 


2020 sera une année à oublier, particulièrement pour les acteurs du transport aérien, qu’ils soient compagnies aériennes, aéroports, constructeurs, et tous les sous-traitants.

C’est un désastre. En dehors de la pandémie qui a frappé presque tous les secteurs économiques, les responsables de l’effondrement de l’activité aéronautique sont sans conteste les Etats. Ceux-ci ont été dans l’incapacité de définir une politique sanitaire commune et ont par conséquent fermé leurs frontières. Dès lors il ne faut pas s’étonner que le transport aérien en ait subi les conséquences.

Alors, pour compenser leurs décisions désastreuses, les Etats les plus riches, comme la Suisse avec Swiss, ont massivement soutenu financièrement leurs compagnies aériennes majeures. La plupart des aides consistent à garantir des prêts bancaires que les récipiendaires devront rembourser.

Dans l’ensemble, ces mesures ont permis la survie des compagnies aériennes. Celles qui n’ont pas pu en bénéficier, parce que leurs Etats ne disposent pas des ressources nécessaires, sont passées par le dépôt de bilan et le redressement judiciaire. C’est ce qui est arrivé entre autres à Avianca, Air Mauritius, Thai Airways, Virgin Australia ou Norwegian. D’autres ont été purement et simplement liquidées : FlyBe ou SAA par exemple.

Et les Etats veulent bien soutenir leurs grands transporteurs, mais à la condition d’entrer dans leur capital. Ce phénomène est tout à fait nouveau, aux Etats Unis par exemple où les dernières facilités octroyées à American Airlines sont assorties d’une prise de 25% du capital par l’Etat fédéral. Lufthansa elle-même a été contrainte d’accepter de céder la même part à l’Etat Allemand. Quant à Alitalia, elle a été nationalisée.

Lorsque que l’on fera l’état de la situation en sortie de cette si difficile période, on risque bien de retrouver un transport aérien largement dépendant des Etats, comme c’était le cas il y a plus de 40 ans. Les compagnies chinoises sont déjà au service du Gouvernement, les transporteurs du Golf ne cachent pas leurs liens avec leurs Etats et les opérateurs occidentaux qui s’étaient affranchis de cette tutelle, vont sans doute y être à nouveau soumis.

Cela n’a au fond que peu d’importance si les gouvernements ne cherchent pas alors à influencer la stratégie des compagnies, mais on peut en douter. La tentation est trop grande de placer aux postes de commandes des amis politiques. Cela a ruiné nombre de compagnies par le passé, le meilleur exemple étant Alitalia, et hélas, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.

Philippe MEYER
philippe.meyer@premiairclassetv.com
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