Le monde est à l’arrêt. Mais alors, d'où proviennent les émissions de CO2 ?

 

Pendant 2 mois, pratiquement pas une voiture dans les rues, des avions qui ont presque entièrement cessé de voler, un ciel bleu partout, (même à Dehli ou à Beijing !) pour la première fois depuis des décennies. Résultat : les émissions mondiales de CO2 ont baissé d'environ 5,5%.

Attendez… Avez-vous bien lu ? 5,5%. Même avec l'économie au point mort, le monde produit 95% du dioxyde de carbone d'une année normale, alors même que l’humanité entière est confinée à la maison.


Il vaut donc la peine de se demander d'où viennent ces émissions. Car si l’arrêt total de la plupart des voyages et des transports ne suffit pas à ralentir le changement climatique, que faire ?


Le principal problème est que l’on se concentre beaucoup trop sur les empreintes individuelles de chacun sans vraiment se préoccuper des causes structurelles qui provoquent l’augmentation des niveaux de dioxyde de carbone.


Les transports représentent environ 20% des émissions mondiales de dioxyde de carbone, (l’aviation 5%). C'est une part importante, mais cela signifie que même si tous les voyages étaient entièrement décarbonés (imaginez tous les modes de transport, de l’automobile à l’avion, entièrement électriques, issue d’une production propre), 80% des émissions de combustibles fossiles subsisteraient.


D'où viennent donc toutes ces émissions ? D'abord, l'électricité et le chauffage représentent plus de 40% des émissions mondiales. De nombreuses personnes dans le monde dépendent du bois, du charbon et du gaz pour chauffer leur maison et faire cuire leurs aliments - et dans la plupart des pays, l'électricité produite n'est pas verte.


Même avec une plus grande proportion de travail à domicile, les gens auraient toujours besoin d’énergie pour s’éclairer et se connecter à Internet, il faudrait toujours produire de l'électricité et cette électricité serait toujours produite en grande partie par des combustibles fossiles.


L'industrie représentent environ 20% des émissions de CO2. Certains processus industriels comme la production d'acier et d'aluminium utilisent d'énormes quantités de combustibles fossiles (et ce type de production s'est poursuivi, malgré la pandémie).


En pleine pandémie, on pointe le ciel clair de Dehli et les eaux propres de Venise, comme preuve que l’homme peut agir et faire la différence quant au changement climatique. « Les photos récemment emblématiques d'un horizon limpide de Dehli sans son voile de smog habituel sont des preuves convaincantes de ce qui peut arriver lorsque des individus arrêtent de conduire des véhicules qui polluent l'air », entend-on.


Mais ces arguments confondent la pollution de l'air et de l'eau - des problèmes environnementaux cruciaux à part entière ! - avec les émissions de CO2. Le dioxyde de carbone est invisible et nombre de centrales électriques et les innombrables raffineries de pétrole en libèrent toujours autant dans l'atmosphère.


Afficher sa volonté de réduire les émissions de CO2, en s’attaquant au transport aérien, c’est faire l’autruche (un des rares oiseaux qui ne volent pas !) avec 95% du problème. Alors, plutôt que de la démagogie facile, si l’on s’attaquait enfin aux enjeux climatiques par le bon bout ?

Philippe MEYER
philippe.meyer@premiairclassetv.com
www.youtube.com/premiairclassetv

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