Les avions supersoniques civils sont de retour ! Qui en profitera ?
La conception de nouveaux avions civils en Occident est au point mort. De Bombardier à Boeing - qui ferme une usine dans la région de Seattle - aucun nouvel avion civil subsonique n'est actuellement attendu des équipementiers traditionnels avant la seconde moitié de la décennie au plus tôt.
Mais un nouveau type d'avion civil cherche à briser ce silence sidéral avec des booms sonores. Un saut technologique qui pourrait être bénéfique à certains acteurs de l'industrie aérospatiale mais pas pour d'autres.
En décembre passé, UBS a publié un rapport intitulé « Comment les jets supersoniques transformeront-ils l'industrie du voyage ? » Rédigé par une douzaine d'analystes, le document de 43 pages décrit différents scénarios de développement du marché du supersonique civil, et tous démontrent un potentiel de développement important, quels que soient les postulats de base de départ.
Commençons par le scénario médian : la taille du marché des nouveaux avions supersoniques civils pourrait s’élever à près de 160 milliards de dollars d'ici 2040, dont 85 milliards de dollars pour les avions d'affaires. Le scénario le plus optimiste - les performances attendues et les délais de livraisons des avions commerciaux et des jets d’affaires supersoniques sont respectés, les régulateurs de bruit donnent leur feu vert et les prix d’achat de ces aéronefs permettent à tous les clients potentiels de passer commandes - prévoit un marché de 280 milliards de dollars. Même le pire des scénarios promet encore un marché de 80 milliards de dollars.
Comment cela est-il possible ? La réponse simple : l'attrait de la vitesse. Dans une enquête distincte mais connexe, UBS a demandé aux voyageurs pourquoi ils choisiraient de voyager dans un avion spatial hypersonique qui vole cinq fois plus vite que le son ou dans un avion supersonique plus conventionnel. La raison n ° 1 : la vitesse ; pouvoir rejoindre sa destination le plus rapidement. Près de 35% des voyageurs seraient prêts à payer un surplus de 25% du prix actuel d’un trajet pour un temps de trajet plus court.
Naturellement, tout changement de paradigme implique des gagnants et des perdants. Les analystes estiment que les fournisseurs aérospatiaux existants seraient les plus impactés négativement, à commencer par les fabricants de jets d’affaires haut de gamme qui risquent d'être pénalisés car leurs clients « peu sensibles aux prix » se tourneront vers cette nouvelle offre. Ainsi, les entreprises les moins susceptibles de profiter de l’émergence de cette nouvelle technologie seraient Airbus, Boeing, Bombardier, Embraer et General Dynamics. Parmi les principales gagnantes figureraient Hexcel, Raytheon Technologies, Rolls-Royce et Virgin Galactic.
Cette analyse de marché pronostiquée par UBS se situe autour de 2040, date à laquelle le transport supersonique aura probablement repris ses lettres de noblesse. Mais alors que les analystes doutent que la mise en service de ces aéronefs ne se produise avant la fin de cette décennie, ils s'attendent, durant ces 5 prochaines années, à de nouveaux développements, y compris des premiers essais en vol.
Ceux-ci pourraient d’ailleurs intervenir depuis la nouvelle usine d'Aerion à Melbourne, en Floride.
Ainsi, au cours de ces prochaines années, nous serons à nouveau témoins d’avions civils franchissant le mur du son.
Car l'élan prend vraiment de l'ampleur. Le carnet de commandes d’Aerion, par exemple, s’élève à environ 50 appareils, pour une valeur totale de 6,7 milliards de dollars. Aerion a pour objectif de vendre 300 avions lors de ces 10 prochaines années.
Aussi excitant que tout cela paraisse pour les nouveaux acteurs, ils n’ont aucune garantie de pouvoir s’approprier toutes les parts de ce marché. Le développement de jets d’affaires supersoniques requiert en effet des investissements de plusieurs milliards de dollars. L'été dernier, lorsque Virgin Galactic a dévoilé ses plans visant à offrir des voyages point à point à grande vitesse, les observateurs ont été refroidis devant la somme colossale des investissements requis à son développement.
Et l'équipe d’UBS souligne à juste titre que les startups ne sont de loin pas toujours les gagnantes au final. Comme nous avons pu le constater avec de nombreuses nouvelles technologies disruptives, ce n'est pas toujours le premier arrivé qui domine le marché, mais plus souvent les entreprises qui prennent le temps supplémentaire nécessaire pour apprendre de leurs erreurs. Ce sont souvent ces dernières qui développent en fin de compte le produit qui devient le leader sur le marché.
La question est donc ouverte : selon vous, qui dominera le marché des avions supersoniques civils à venir ?
Philippe MEYER
philippe.meyer@premiairclassetv.com
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