Que cache l’actuel dialogue de sourds sur l’aviation?

Pourquoi une telle adversité ? L’aéronautique n’est pas le seul pollueur de la planète, et de loin pas le pire. Et internet ? Et le chauffage ? Et l’air conditionné ? Et pourtant, toutes les attaques des défenseurs déclarés de l’environnement ramènent à l’avion. Toutes les tentatives d’explication des mis en cause sont vaines.
Le transport aérien contribue à hauteur de 3 % des émissions de CO2. C’est un fait, mais cette donnée n’apparait pas pouvoir être utilisée comme un argument.
L’aéronautique n’affronte pas une force organisée. Mais l’incapacité des défenseurs à se faire entendre est réelle. Ce dialogue de sourds est incompréhensible.
Que les riverains des aéroports se mobilisent, cela s’explique. D’autant que la perspective de voir le trafic doubler tous les 15 ans a de quoi renforcer leurs inquiétudes. A la longue, leur aversion pour le transport aérien peut s’admettre.
Les aéroports finiront peut-être par se rendre compte qu’il n’est pas suffisant de convoquer physiciens et acousticiens. S’il existe une explication objective du rejet radical de l’aviation dans son ensemble, elle est ailleurs.
Jusqu’à présent, l’aéronautique déplore l’injustice dont elle se sent victime, promet de voler plus vert et plante des arbres. En toute bonne foi. Mais elle est incapable d’avancer l’ombre d’une raison pour tenter d’expliquer le flygskam qui a l’évidence nous dépasse tous. Et tant que ce phénomène demeurera un mystère, le dialogue sera impossible entre ceux qui semblent venir chacun de leur planète. Sauf qu’il n’y a qu’une planète et que c’est bien là le problème. Une planète unique qu’il faut ménager.
Et nous revoilà au point de départ avec cette même question obsédante : pourquoi une telle adversité ? L’aéronautique est-elle condamnée à être le bouc émissaire ou la victime expiatoire du changement climatique ?
Les adversaires les plus radicaux du transport aérien se trouvent chez ceux qui ont les moyens de voyager en avion et qui ne s’en sont pas privés jusque-là. Ils sont capables de comprendre des arguments factuels, mais ils n’entendent pas ceux de l’aéronautique. Le rejet est sans appel. Peut-être parce que cette industrie aéronautique incarne, à elle seule et mieux que toute autre activité, le progrès technologique qui, pour certains, est synonyme de dérèglement climatique…
Mais s’il s’agit de convoquer davantage l’intelligence émotionnelle, allons-y : car l’aviation est importante d’un point de vue culturel. Voyager est un facteur d’éducation depuis les débuts de l’Histoire. C’est aussi un facteur de paix : plus on se rencontre, moins on se fait la guerre. C’est enfin un facteur de démocratie : les dictatures interdisent toujours à leurs citoyens de voyager.
Alors ? Dans quelle société voulons-nous vivre ? Repliée sur elle-même, inculte, sans échange ? Fermée aux autres, autoritaire ? C’est cette société qui attend ceux qui rejettent le transport aérien. Car, indirectement, il est le principal outil de notre prospérité et de notre enrichissement intellectuel… A méditer donc…
Philippe MEYER
philippe.meyer@premiairclassetv.com
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