Réponse à l’association Climat Genève
Dans un
courrier des lecteurs du 18 décembre de la Tribune de Genève, Madame Yvonne
Winteler, Présidente de l’association Climat Genève, qualifie mon billet sur
l’abandon de la taxe sur les billets d’avion de pays européens (voir article
ci-dessous sur mon blog) de « fake news » et mes propos de mensongers.
Qualifier de « fake news » un courrier d’opinion n’en fait pas une
démonstration. Et contrairement à ce qu’affirme Madame Winteler, mon propos ne
contenait aucun mensonge.
Qualifier de «
fake news » un courrier d’opinion argumenté ne dispense pas de respecter les
faits. Or, contrairement à ce qui est affirmé, mon propos ne contient aucun
mensonge, tandis que la réponse de Mme Winteler procède par amalgames,
simplifications abusives et interprétations idéologiques de données partielles.
Il est exact
que l’Allemagne n’a pas supprimé sa taxe sur les billets d’avion, mais il est tout
aussi exact qu’elle a renoncé à son augmentation, pourtant votée, précisément
en raison de ses effets économiques négatifs sur le secteur aérien et sur la
connectivité du pays.
Dire que
l’Allemagne « s’apprête à supprimer » ou « revient à la raison » n’est pas une
fake news, mais une analyse politique : Berlin reconnaît explicitement que la
fiscalité aérienne fragilise son aviation, affaiblit ses hubs et pénalise la
mobilité économique. Le fait que la taxe subsiste n’invalide en rien le constat
de son inefficacité climatique et de ses effets pervers, qui motivent ce recul.
Qualifier cette
analyse de « fausse » relève donc soit d’une incompréhension, soit d’une
mauvaise foi manifeste.
Mme Winteler
affirme que la taxe suédoise aurait entraîné une baisse de 35 % des vols
domestiques, citant Le Figaro. Elle omet cependant un point essentiel : les
autorités suédoises elles-mêmes ont reconnu que :
- la baisse du trafic intérieur est multifactorielle
(essor du rail, télétravail, crise post-Covid),
- aucune réduction mesurable des
émissions globales n’a pu être attribuée spécifiquement à la taxe,
- les émissions ont été déplacées,
non supprimées (report vers des hubs étrangers, allongement des trajets).
C’est
précisément pour cette raison que la Suède a supprimé la taxe. Si celle-ci
avait été un instrument climatique efficace, Stockholm ne serait pas revenu
dessus. Le fait politique est là, incontestable.
Confondre une
baisse de trafic intérieur avec une réduction effective des émissions globales
est une erreur classique — et scientifiquement infondée.
Affirmer que « toute diminution du nombre de vols compte » est factuellement faux du point de vue climatique.
Ce qui compte,
ce sont :
- les émissions globales,
- leur localisation,
- et les effets de report.
Une taxe
nationale sur les billets :
- ne réduit pas la demande globale,
- ne modifie pas la technologie,
- ne supprime pas les déplacements,
- mais déplace les flux vers d’autres
aéroports ou d’autres pays.
C’est
précisément pourquoi aucune taxe nationale sur les billets d’avion n’a jamais
été identifiée comme un levier climatique efficace par les institutions
internationales. Elle agit sur les comportements individuels marginaux, pas sur
le système.
L’affirmation selon laquelle l’aviation représenterait « un quart des émissions suisses » est fausse.
- L’aviation domestique représente
une part marginale.
- Les émissions liées aux vols
internationaux sont attribuées partiellement et font l’objet de méthodologies
contestées, précisément parce qu’elles ne relèvent pas exclusivement de la
consommation nationale.
Présenter ce
chiffre sans nuance relève d’une exagération militante, pas d’une information
rigoureuse.
Oui, le scénario « net zéro » de l’Agence internationale de l’énergie prévoit :
- des carburants durables,
- des gains d’efficacité,
- des optimisations opérationnelles.
Mais Mme
Winteler omet volontairement un élément central :
l’AIE ne recommande nulle part une taxe nationale sur les billets d’avion comme
outil principal.
La réduction du
trafic évoquée est :
- globale,
- progressive,
- liée à des transformations
systémiques,
- et non à des impôts punitifs
ciblant une seule population.
Assimiler ce
scénario à une justification de la taxe sur les billets est donc un raccourci
trompeur.
Personne ne revendique un « droit de polluer ». Cette formule relève du procès d’intention.
Le transport
aérien n’est pas un luxe marginal :
- il conditionne l’accès à l’emploi,
- à la formation,
- à la mobilité familiale,
- et à la compétitivité économique.
Dire que «
l’aviation n’est pas un besoin de base » est une vision idéologique et
déconnectée de la réalité des classes moyennes, des étudiants, des PME, des
régions périphériques.
Une taxe sur
les billets n’empêche pas les plus aisés de voler. Elle exclut les autres.
C’est précisément la définition d’un impôt socialement régressif.
L’absence de TVA et de taxe sur le kérosène résulte :
- de conventions internationales,
- visant à éviter les distorsions de
concurrence,
- et non d’un « privilège »
sectoriel.
La taxe sur le
billet :
- ne corrige pas ces conventions,
- ne finance pas la transition,
- ne modifie pas les technologies,
- et ne respecte pas réellement le
principe du pollueur-payeur, puisqu’elle frappe le passager, pas
l’émission.
En conclusion, mon billet ne contenait aucune fake news. Il reposait sur :
- des décisions politiques réelles
(Suède, Allemagne),
- des constats économiques
documentés,
- et une critique argumentée de
l’inefficacité climatique de la taxe sur les billets d’avion.
À l’inverse, la
réponse de Mme Winteler repose sur :
- des chiffres exagérés ou sortis de
leur contexte,
- des confusions entre trafic et
émissions,
- une lecture sélective des scénarios
internationaux,
- et une rhétorique morale qui
remplace l’analyse.
Le débat
climatique mérite mieux que des slogans.
Il exige des solutions efficaces, pas des impôts symboliques qui pénalisent les
classes moyennes sans réduire les émissions.
Philippe Meyer
Philippe Meyer - YouTube
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