Quels scénarios de sortie de crise pour les compagnies aériennes ?

 

Commençons par le contexte : la baisse de trafic et la baisse de revenu en 2020 est estimée à environ 45% : cela signifie des pertes de Frs. 252 milliards pour les compagnies aériennes auxquelles il faut ajouter Frs. 40 milliards de francs de billets vendus pour lesquels les vols ont été annulés.


Résultats : les compagnies aériennes réduisent leurs frais variables : elles clouent leur flotte au sol, mettent leur personnel au chômage technique. Mais elles doivent faire face aux frais fixes de Frs. 400 millions/jour sachant qu’elles n’ont plus aucun revenu.


Il est important de rappeler les liens qui unissent le transport aérien et le reste de l’économie. Pour se faire, il faut prendre en compte 2 facteurs :
1. Le ratio croissance économique/revenu par passager : il est de 2. Cela signifie qu’une croissance économique de 2% entraîne une augmentation du nombre de passagers de 4%.
2. Le ratio croissance économique/voyages effectués : celui-ci se situe à 1,5.
A cela, il faut ajouter la corrélation revenu/capacité à voyager. Plus on est riche, plus on voyage. C’est ainsi que le monde a vécu une croissance pratiquement continue depuis le début des année 50. Dans le même temps, le trafic aérien a cru de 0 à 4 milliards de passagers transportés par année.


Toutes les zones géographiques ne sont pas égales face à la crise. En Europe, le trafic est très saisonnier : les compagnies aériennes gagnent de l’argent principalement en été. Alors qu’en Amérique du Nord ou en Asie, il y a une répartition des profits sur l’ensemble de l’année. Cela signifie que si les passagers commencent à reprendre l’avion en septembre, la crise sera dramatique pour les compagnies aériennes européennes, moins grave pour leurs consœurs américaines et asiatiques.


Les scénarios les plus probables aujourd’hui font état d’une reprise modérée en 2021 mais avec un retour au trafic d’avant crise d’ici 6 à 8 ans. Cela a comme conséquence directe et malheureuse aujourd’hui un gel des recrutements et une réduction des frais dans des proportions importantes.


Il faut savoir que les compagnies aériennes ont en moyenne 3 mois de liquidité. Qui va sauver les sauver ? Les gouvernements européens ont annoncé des aides sous forme de prêts. Les Etats du Golf mettront de l’argent gratuit (non remboursable) dans leur compagnie aérienne. Qui soutiendra les compagnies à bas coûts ? (Ryanair et easyJet sont les 2 plus grandes compagnies aériennes européennes).


Pour l’économie, une compagnie aérienne, c’est comme l’eau pour l’agriculture. Sans compagnie aérienne, la reprise économique est plus compliquée et beaucoup plus lente. D’où le soutien des Etats à leur compagnie nationale. Rappelons qu’une liaison long-courrier équivaut à la création de 3'000 emplois hors secteur aérien. Prenons l’exemple du Kenya : 2 millions de Kenyans survivent grâce au trafic aérien, cargo (exportation de matières premières) et passagers (essentiellement des touristes).


Les prix des billets d’avion vont augmenter pour combler les dettes emmagasinées cette année. Les connexions vont baisser. Le nombre de vols va également baisser. Les gros avions tels que les A380 et les 747 vont définitivement quitter les flottes de nombreuses compagnies aériennes, car ils offrent moins de flexibilité d’utilisation en cas de baisse de la demande. Par contre, les petits avions long-courriers tel l’A321XLR ont de forte chance d’être très sollicités, car les compagnies aériennes vont se réorienter vers des plus petits modules.


Les grands projets d’infrastructure aéroportuaires vont être mis en pause. Les constructeurs vont devoir adapter leurs lignes de production. On s’attend à une baisse de 30% de la production. Ils devront s’assurer de garder la chaîne d’approvisionnement de leurs fournisseurs qui devront eux-aussi s’adapter à la baisse de production (pas toujours facile pour les PME).


Quant aux aéroports, à l’instar de l’après-11 septembre et des nouvelles procédures de sécurité, ils devront certainement prendre de nouvelles mesures de détections sanitaires. Des nouvelles mesures qui leurs coûteront très chères.


Seul élément favorable actuellement pour le secteur : le prix du pétrole s’est écroulé, lui qui représente un tiers des frais de fonctionnement d’une compagnie aérienne. Mais cela signifie aussi du retard dans la transition énergétique. Les grands projets d’avions électriques ou à hydrogène sont ainsi retardés. Cette crise est donc également particulièrement défavorable du point de vue écologique sur le long terme.


Cette pandémie aura donc eu des conséquences dramatiques sur véritablement tous les tableaux.

 

Philippe MEYER
philippe.meyer@premiairclassetv.com
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