Taxer les billets d’avion ou comment couper les ailes de la classe moyenne

 

La discussion sur l’opportunité d’instaurer une taxe sur les billets d’avion en Suisse est en cours à Berne. Suggérée par de nombreux partis lors de la campagne pour les élections fédérales de l’automne passé, elle faisait partie d’une surenchère écologique électorale.

Une fois l’émotion passée, une véritable réflexion à tête reposée sur la pertinence d’une telle taxe s’impose. En premier lieu, l’aviation étant par définition réglementée au niveau international, si chaque pays bricole unilatéralement son programme de taxation, cela risque bien de ne mener nulle part. Au contraire, cela courcircuite les efforts visant à mettre en œuvre CORSIA, un système mondial de compensation pour réduire les émissions que les compagnies aériennes, les gouvernements et les ONG du monde entier ont conçu et qui doit entrer en vigueur sous peu. Car l’objectif ultime de toutes les parties impliquées doit être de réduire les émissions de CO2 et non de remplir les caisses de l’Etat avec une nouvelle taxe.


Et justement, cette taxe n’atteint pas son but : aucune étude scientifique et économique sérieuse ne démontre qu’une taxe sur les billets d’avion fait diminuer le nombre de vols. Tout comme une augmentation du prix de l’essence ou des billets de train n’a pas d’influence sur la demande. Car, à l’exception des liaisons de trains à grande vitesse de moins de 4h, il n’y a pas d’alternative à l’avion.


A Berne, on serait donc mieux avisés de se concentrer sur la promotion des investissements dans les carburants alternatifs durables et un contrôle plus efficient de l’espace aérien, et non sur une taxe sur les passagers.
Et surtout, n’oublions pas que la contribution du transport aérien à l’économie suisse est considérable.

Aujourd’hui, le secteur soutien plus de 200'000 emplois et contribue pour presque 30 milliards de francs à l’économie. C’est 4% du PIB. Les Suisses volent beaucoup en comparaison internationale car l’économie prospère grâce à ses exportations. La Suisse est aussi une terre d'accueil pour les organisations internationales et les ONG, de même que pour un grand nombre d’entreprises internationales, sans oublier les visites de nombreux touristes du monde entier. De tout ceci, nous devons être fiers. Attention donc de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Et noyer la classe moyenne encore davantage sous les taxes…


Positivisme et foi dans le progrès sont les caractéristiques principales des pays qui prospèrent. Alors ? Alors il n’est pas trop tard pour corriger le tir : pas de taxe sur les billets d’avion au niveau national, mais des incitations pour favoriser l’émergence de nouvelles technologies.

Philippe MEYER
philippe.meyer@premiairclassetv.com
www.youtube.com/premiairclassetv

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