Une même terre, un même ciel, deux visions

Les Etats-Unis se sont dotés juste avant Noël d’une zone d'essais pour tester les futurs prototypes d'avions supersoniques civils. Ce couloir aérien mesure plus de 1’200 km de long. La vitesse maximale d’évolution sera limitée à Mach 3. Du sur-mesure pour l’industrie aéronautique américaine.
Dans le ciel du Kansas, où a été tracé ce corridor, des start-ups, épaulées par les avionneurs historiques, vont pouvoir donner vie à leurs promesses, même s’ils ont aussi prévu de faire voler leurs avions rapides au-dessus des océans. C’est la raison invoquée par Aerion pour justifier son implantation en Floride au début 2020. Mais survoler des villes permet surtout de mesurer jusqu’où ils doivent atténuer le bang sonore pour que les populations acceptent d’être survolées par des avions supersoniques. L’acceptabilité est effectivement la grande interrogation…
Faire voler un avion à plusieurs fois la vitesse du son n’est pas franchement un problème. L'industrie européenne a démontré qu'il était même possible de tenir Mach 2,2 en croisière pendant plusieurs heures et pendant des décennies d'exploitation commerciale. En revanche, combien de décibels sont prêts à supporter les habitants ? Beaucoup moins que dans les années 70.
Chercheurs et ingénieurs font tourner leurs modèles et multiplient les essais en soufflerie pour réduire la signature sonore des supersoniques, à défaut de réussir à la supprimer. Mais la solution à ce problème spécifique d’acceptabilité ne relève pas seulement de lois d’aérodynamique. Elle passe aussi par le compromis. Les constructeurs devront accepter de limiter la vitesse pour contenir les émissions sonores qui augmentent avec le nombre de Mach et ainsi pouvoir être autorisés à voler au-delà du mur du son, au-dessus des régions habitées. Il faut évidemment prendre en compte les soucis des populations, sans oublier le client final, celui qui sera prêt à payer plus cher son jet privé ou sa place dans un avion de ligne, pour voyager plus rapidement.
Cette acceptabilité est au cœur de la définition du cadre opérationnel des futurs supersoniques civils. Les Etats-Unis poussent. L’Europe temporise. Le corridor du Kansas est une preuve supplémentaire de la détermination américaine à passer à la vitesse supérieure.
Pendant ce temps, en Europe, certains gouvernements veulent interdire l’avion sur les trajets où il existe une alternative terrestre à moins d’un certain nombre d’heures (entre 2h30 et 8h !).
Une même terre, un même ciel. Deux visions. Laquelle vous fait rêver ?
Philippe MEYER
philippe.meyer@premiairclassetv.com
www.youtube.com/premiairclassetv
Commentaires
Enregistrer un commentaire