Taxe sur les billets d’avion ; quand certains y songent en Suisse, d’autres l’abandonnent en Europe
Alors qu’en
Suisse, certains cercles politiques songent à introduire une taxe sur les
billets d’avion, une évidence s’impose ailleurs en Europe : cette mesure n’a
jamais été un outil de politique climatique, mais un impôt socialement injuste
et économiquement contre-productif. Il y a quelques mois, la décision de la
Suède de supprimer sa taxe sur les billets d’avion, qui pouvait atteindre 46
euros par passager, marque un tournant majeur. Stockholm a constaté que cette
mesure n’avait réduit ni les émissions ni la demande, qu’elle n’avait apporté
aucune amélioration environnementale mesurable, tout en pénalisant d’abord les
ménages modestes et les petites entreprises dépendantes de la connectivité
aérienne.
Cette constatation
n’est pas isolée. L’Allemagne, longtemps championne de la fiscalité
environnementale, s’apprête, elle aussi, à supprimer sa taxe sur les billets
d’avion, après avoir observé l’absence totale d’effets sur le climat et les
conséquences négatives très concrètes sur les voyageurs aux revenus modestes,
ainsi que sur la compétitivité de ses PME exportatrices, dont la mobilité est vitale.
Contraint par la réalité économique, Berlin revient à la raison.
Ces
renoncements successifs actent l’échec d’une fausse bonne idée, inopérante dans
les faits. Toutes les analyses convergent : une taxe sur les billets d’avion ne
réduit pas les émissions de CO₂,
mais agit puissamment sur les budgets mobilité des classes moyennes et
populaires. Elle prive des familles de visites de proches, décourage des
étudiants de voyager, (les voyages ne forment-ils plus la jeunesse ?), et
limite les opportunités commerciales des petites entreprises. Bref, elle
fragilise ce que le transport aérien a démocratisé depuis quarante ans : la
possibilité pour chacun, et non seulement pour les plus fortunés, de se
déplacer, découvrir de nouveaux horizons, travailler ou se former à l’étranger
ou simplement rejoindre ses proches.
Il est temps de
le reconnaître : cette taxe n’est qu’un symbole de greenwashing. Elle ne
finance ni la transition énergétique ni la recherche, et ne contribue en rien à
la décarbonation du secteur. L’avenir de l’aviation réside dans les carburants
d’aviation durables, la modernisation technologique, l’optimisation des
trajectoires et la coopération internationale — certainement pas dans un impôt
punitif sans effet climatique.
Alors que nos
voisins reviennent sur leurs erreurs, certains en Suisse s’interrogent encore. Ils
feraient mieux d’apprendre de l’exemple de la Suède et de l’Allemagne :
renoncer à une taxe inefficace et injuste, et concentrer tous nos efforts sur
les investissements qui font réellement avancer la transition écologique.
Philippe Meyer

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