Bilan 2025 : 5 milliards de passagers - 7 francs de marge
L’aéroport de
Rovaniemi, en Finlande, porte d’entrée de la Laponie, le pays du Père Noël, des
amateurs de rennes et de baignades glacées, a dépassé pour la première fois le
million de passagers en 2025. A l’échelle mondiale, en 2025, les bénéfices nets
du secteur du transport aérien ont atteint un sommet historique de près de 40
milliards de dollars, dépassant largement le total prépandémique de 2019, qui
s’élevait à 26 milliards. Pourtant, de nombreux défis subsistent.
Les
transporteurs mondiaux ont connu une forte reprise après la pandémie. En 2024,
ils ont transporté 4,8 milliards de passagers, dépassant largement le précédent
record de 2019. En 2025, ce chiffre a atteint les 5 milliards. Pour la première
fois, les revenus cumulés du secteur ont dépassé 1’000 milliards de dollars. La
demande continuant de progresser plus vite que l’offre de capacités
supplémentaires, les coefficients de remplissage ont également atteint un
record, avec une moyenne proche de 84 %, et devraient encore augmenter en 2026.
Tout n’a
cependant pas suivi cette trajectoire ascendante. Les compagnies européennes et
nord-américaines, qui représentent près des trois cinquièmes des bénéfices nets
du secteur, doivent composer avec des itinéraires long-courriers allongés pour
éviter l’espace aérien russe depuis le début de la guerre en Ukraine. Depuis
2025, certaines zones du Moyen-Orient sont devenues interdites de survols après
les frappes israéliennes sur l’Iran de juin passé. Aux États-Unis, les
compagnies aériennes ont été touchées par une paralysie de l’administration
fédérale, qui a empêché les fonctionnaires de voyager et contraint des
contrôleurs aériens non rémunérés à rester chez eux, perturbant ainsi les vols.
Par ailleurs,
malgré la baisse des prix du carburant, (qui représente 25 à 30 % des coûts
d’exploitation des compagnies), d’autres dépenses ont augmenté. Cela s’explique
principalement par une pénurie de nouveaux avions. Si les compagnies aériennes se
sont redressées depuis la pandémie, Boeing et Airbus restent sous pression. Les
livraisons cumulées du duopole aéronautique, inférieures à 1’400 appareils
neufs en 2025, sont restées bien en deçà du record de plus de 1’600 atteint en
2018.
Boeing peine à
augmenter sa production depuis les deux accidents mortels de 737MAX fin 2018 et
début 2019, qui avaient entraîné l’immobilisation de l’avion durant 20 mois.
Les problèmes de contrôle qualité persistent : début 2024, un panneau de
fuselage d’un autre 737MAX s’est arraché en vol. Airbus, de son côté, n’est pas
épargné. Début décembre, l’avionneur européen a revu à la baisse son objectif
de livraisons annuelles, passant de 820 à 790 appareils, en raison d’un défaut
de production chez un fournisseur de panneaux de fuselage.
Les difficultés
persistantes des fournisseurs, (qui avaient réduit leur activité pendant la
pandémie et peinent à remonter en cadence), pourraient continuer à perturber la
construction aéronautique. Des problèmes affectant certains moteurs Pratt &
Whitney ont conduit à l’immobilisation d’un tiers de la flotte mondiale
d’A320neo.
Le déficit
d’approvisionnement en avions ne devrait pas être résorbé avant 2031 au plus
tôt. L’efficacité énergétique, les coûts de maintenance et les émissions s’en
ressentent, les compagnies étant contraintes de conserver leurs anciens appareils
plus longtemps. L’âge moyen de la flotte mondiale est désormais d’environ 15
ans, contre 13 ans en 2019. Alors que l’efficacité énergétique progressait
historiquement d’environ 2 % par an grâce à l’arrivée de nouveaux avions, cette
amélioration est tombée à 0,3 % en 2025. Le coût pour le secteur de ce
vieillissement de la flotte, (incluant carburant supplémentaire, réparations et
pièces détachées), a dépassé 11 milliards de dollars en 2025. En outre,
certaines compagnies ne parviennent pas à développer leurs réseaux aussi
rapidement que prévu, faute d’avions disponibles.
Ainsi, malgré
cette année record, les compagnies aériennes n’ont dégagé qu’une marge nette
modeste de 4 %, soit à peine $7,90 de profit par passager. Dans ce contexte
fragile, les responsables politiques devraient se garder de toute tentation de
taxation supplémentaire à l’égard du transport aérien. Un secteur qui ne dégage
qu’environ Frs. 7.- de profit par passager, malgré des volumes records, n’a
tout simplement pas la capacité d’absorber de nouvelles taxes sans compromettre
ses investissements futurs. Or, la transition énergétique de l’aviation, (renouvellement
des flottes, amélioration de l’efficacité opérationnelle, développement des
carburants durables), exige des capitaux considérables et une visibilité à long
terme. Taxer davantage aujourd’hui, c’est affaiblir la capacité du secteur à se
transformer demain. Aussi, la priorité devrait être donnée à l’investissement,
à l’innovation et à la modernisation, plutôt qu’à une fiscalité punitive qui
risquerait de retarder, voire d’entraver, la décarbonation du transport aérien.
Bons vols à
tous en 2026 !
Philippe Meyer
Philippe Meyer - YouTube
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