Le 3e acteur



COMAC a ravivé les inquiétudes de Boeing et d’Airbus au Salon aéronautique de Singapour. L’avionneur chinois ne cache plus son ambition : ébranler, voire remettre en cause, le duopole qui structure l’aviation commerciale mondiale depuis des décennies. Appuyée par l’État chinois, l’entreprise dispose de moyens considérables pour y parvenir. Reste que la construction aéronautique demeure l’une des industries les plus complexes au monde.

COMAC n’a d’ailleurs pas été épargné par les difficultés inhérentes à toute montée en puissance industrielle. Retards, défis technologiques et contraintes de production ont jalonné son parcours. Mais à Singapour, en ce début février 2026, le climat a changé. Là où les fournisseurs occidentaux se sont montrés en retrait, le constructeur chinois a occupé le devant de la scène.

L’entreprise y a exposé quatre appareils et multiplié les annonces révélatrices d’un net changement de rythme. Une commande de six avions est venue renforcer sa crédibilité commerciale. Une nouvelle variante du C919 a été dévoilée. Surtout, COMAC a confirmé que le développement de son futur gros-porteur, le C929, progresse plus vite que prévu.

Cette accélération repose en grande partie sur les avancées du moteur CJ2000. La mise au point d’une motorisation nationale constitue sans doute le défi technologique le plus redoutable pour la Chine, longtemps dépendante des motoristes occidentaux. Or, les essais semblent avancer avec une longueur d’avance sur le calendrier initial. À ce rythme, le premier vol du C929 pourrait intervenir avant l’échéance de 2030.

Le message n’est pas passé inaperçu. Le PDG d’Airbus lui-même l’a reconnu : COMAC n’est désormais plus considéré comme un éventuel concurrent d’un futur lointain. Et la menace qu’il fait peser sur le duopole historique pourrait se matérialiser bien plus tôt que prévu.

Philippe Meyer
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