Guerre au Moyen-Orient : le ciel se ferme, les compagnies aériennes vacillent


Les représailles de l’Iran à l’attaque aérienne lancée contre lui par les États-Unis et Israël le 28 février ont pris la forme de frappes de missiles et de drones, visant non seulement Israël, mais aussi plusieurs pays du Golfe persique. Outre des installations américaines dans la région, les principaux aéroports des Émirats Arabes Unis, à Dubaï et à Abou Dhabi, ont également été touchés. Face aux risques pesant sur l’aviation civile, l’espace aérien a été fermé dans une grande partie de la région. En s’en prenant aux infrastructures aéroportuaires, Téhéran semble chercher à infliger à ses voisins des dégâts économiques autant que matériels.

L’Iran mesure parfaitement l’importance stratégique du transport aérien pour les Émirats Arabes Unis, où sont basées Emirates et Etihad Airways, ainsi que pour le Qatar, siège de Qatar Airways. Pour les autres compagnies, la fermeture de l’espace aérien constitue un contretemps supplémentaire et coûteux : nombre d’entre elles avaient déjà dû modifier leurs itinéraires afin d’éviter le survol de la Russie après l’invasion de l’Ukraine en 2022. Or l’une des routes alternatives les plus empruntées entre l’Europe et l’Asie passe précisément par le Moyen-Orient. Ces nouveaux détours allongent les temps de vol et alourdissent les factures de carburant. Le 2 mars, à l’ouverture des marchés, les actions des grandes compagnies européennes ont fortement chuté avant de se redresser partiellement. (Les transporteurs du Golfe, détenus par leurs États respectifs, ne sont pas cotés en Bourse.)

Emirates et Qatar Airways figurent parmi les plus grandes compagnies internationales au monde en termes de sièges-kilomètres offerts (capacité totale multipliée par la distance parcourue). L’aéroport international de Dubaï est par ailleurs le plus fréquenté au monde pour le trafic international, avec 95 millions de passagers en 2025.

Le modèle économique de super-connecteur adopté par les compagnies du Golfe repose essentiellement sur l’acheminement de passagers long-courriers vers leurs hubs, avant correspondance vers leur destination finale, même si Dubaï est aussi devenue une destination prisée des amateurs de shopping et de soleil. L’éclatement du conflit a ainsi laissé des milliers de passagers bloqués, non seulement dans la région mais aussi à travers le monde. Ceux qui se trouvent hors du Golfe peuvent parfois trouver des itinéraires alternatifs pour regagner leur domicile ou leur lieu de vacances. En revanche, tant que les vols restent rares, les voyageurs présents dans le Golfe risquent d’y demeurer coincés. Même les liaisons vers des pays voisins comme l’Arabie saoudite, la Jordanie ou l’Égypte ont été affectées. Deux cinquièmes des quelque 3’800 vols à destination de la région prévus le 2 mars ont été annulés. Emirates et Etihad Airways ont depuis rétabli un nombre limité de vols.

Le président Trump a déclaré que les attaques contre l’Iran pourraient durer plusieurs semaines, laissant présager des perturbations prolongées. Même lorsque le trafic reprendra pleinement, il faudra du temps pour réacheminer les passagers et réorganiser les programmes de vols, les appareils et les équipages n’étant plus positionnés comme prévu. Bien que les compagnies du Golfe soient de grande taille, financièrement solides et soutenues par des États prospères, l’escalade des hostilités pourrait inciter les voyageurs à réfléchir à deux fois avant de faire escale dans la région ou d’y réserver des vacances.

À court terme, certaines compagnies pourraient toutefois tirer parti de la situation. La réduction significative de la capacité des transporteurs du Golfe devrait pousser une partie des passagers à se tourner vers des alternatives, comme les grandes compagnies chinoises, concurrentes directes des super-connecteurs sur le trafic international, ou encore Ethiopian Airlines, susceptible d’attirer davantage de voyageurs à destination de l’Afrique.

Mais pour l’ensemble du secteur aérien, le conflit se traduit par une hausse des coûts et un recul de la demande. La flambée des prix du pétrole consécutive aux attaques, si elle devait se prolonger, renchérirait le carburant et, par ricochet, le prix des billets. Enfin, les hostilités pourraient entamer durablement l’envie de voyager, vers le Golfe, et peut-être au-delà.

Philippe Meyer
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