Qui veut gagner la bataille écologique ?
Comme tout le monde, j’imagine bien l’impatience des passagers qui se déplacent pour motif personnel, familial ou touristique, mais je ne partage pas le pessimisme de beaucoup d’analystes quant aux voyages professionnels. Certes les conférences en mode digital vont certainement se développer jusqu’au moment où on prendra en compte leur impact écologique, mais elles vont seulement remplacer ce qui était fait par téléphone. D’ailleurs, lorsque les premières réunions en visioconférence sont apparues, beaucoup y voyaient la fin des déplacements d’affaires, voire même des salons et autres conférences internationales.
Il n’en a rien été, bien au contraire. En fait, je suis persuadé que seuls les contacts directs permettent de conclure une affaire et il faudra bien continuer à faire tourner l’économie. C’est pourquoi le transport aérien reprendra bien vite sa course en avant.
Sauf qu’il devra forcément résoudre le formidable challenge qui consiste à diminuer son impact sur les émissions de CO², même si celle-ci reste très minoritaire par rapport à d’autres secteurs d’activité. Les données avancées par le think tank « The Shift Project » sont sans appel : le transport aérien crée 1,7% des gaz à effet de serre contre 2,5% pour le textile et même 4,25% pour l’utilisation d’Internet. Mais pour le moment, le transport aérien est le mouton noir des écologistes et ces derniers sont très actifs alors que les défenseurs de l’aviation sont beaucoup plus discrets. Pas de doute, s’il veut se réconcilier avec la population, le transport aérien devra résolument démontrer sa volonté de mutation vers un impact écologique moindre.
Cela passera par beaucoup de paramètres : une nouvelle conception de la gestion de l’espace aérien en Europe, un changement important dans la coordination des réseaux avec peut-être une forte diminution du rôle des hubs et la création d’une gamme d’avions d’une toute nouvelle génération. Deux acteurs seulement peuvent, pour le moment, concevoir les avions du futur non polluants : Airbus et Boeing. Celui qui perdra la partie risque fort de se trouver dans une situation très difficile.
La première question à se poser consiste à savoir si la construction aéronautique peut se transformer à ce point. Il a fallu 20 ans pour passer du premier vol des frères Wright à la première desserte commerciale aérienne. Puis, 40 ans ont été nécessaires pour que la propulsion à réaction se généralise. Et seulement 10 ans après, les très gros porteurs, qui ont permis la démocratisation du transport aérien, se sont imposés. Depuis on n’a pas vu de vraie révolution dans la construction aéronautique, si ce n’est des progrès certes considérables réalisés sur les appareils en matière de gain de poids, de performance des moteurs et de gestion des avions en vol. Et pendant ces 40 dernières années, la construction aéronautique s’est concentrée sur deux énormes acteurs Airbus et Boeing.
Il semble bien qu’Airbus ait pris pour le moment une réelle avance dans la conception des avions du futur. Le constructeur européen a présenté le premier les nouveaux concepts basés sur la propulsion à partir de l’hydrogène. Il semble que dans l’état de nos connaissances, ce soit le seul carburant possible. Certes, immédiatement, des objections se sont faites jour : comment stocker l’hydrogène dans les avions, comment approvisionner les appareils, comment le produire en quantité suffisante etc. Mais pourquoi n’arriverait-on pas à résoudre ces questions déterminantes alors qu’on est bien arrivé à passer en 60 ans du premier vol à la généralisation des jets ? Airbus profite des difficultés de son concurrent qui l’affaiblissent considérablement. Boeing vient juste de régler ses démêlés juridiques avec les autorités américaines, et de remettre en service le 737 MAX. Le constructeur américain a pour le moment mieux à faire que de penser à l’avion à hydrogène. Cela ne durera probablement pas.
Il faudra sans doute une bonne vingtaine d’années avant que la nouvelle génération d’appareils se généralise. Et d’ici-là, Boeing aura peut-être développé une gamme d’appareils concurrents.
Alors, quel système de propulsion pour l’avion du futur ? Les paris sont ouverts…
Philippe MEYER
philippe.meyer@premiairclassetv.com
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