Salon aéronautique du Bourget : que retenir ?
Le salon du Bourget vient de se terminer sous une
avalanche de commandes. Je retiens deux évolutions qui représenteront peut-être
une vraie révolution.
Parlons d’abord du transport de proximité qui voit
arriver sur le marché un nombre important de fabricants d'eVTOLs, autrement
dit les nouveaux taxis volants, dont le mérite essentiel est de fonctionner à
l’électricité, et par conséquent de produire peu de bruit. Bien entendu, comme
dans tout début d’une nouvelle activité, beaucoup de constructeurs se lancent
dans le marché avec des idées plus originales les unes que les autres. C’est
ainsi que l’on voit réapparaître la voiture volante développée par une startup
tchèque. J’ai noté 31 projets développés chacun par une société créée pour
l’occasion. Certes, tout le monde tâtonne encore, comme d’ailleurs lorsque les
premières voitures à moteur sont apparues. Les formes vont forcément se
simplifier, les moteurs électriques devenir plus puissants et les hélices plus
efficaces. Mais ce qui n’était qu’un rêve lointain il n’y a pas si longtemps,
est en train de devenir une réalité.
L’affaire est jugée suffisamment sérieuse pour que
le gros fabricant de voitures européen Stellantis qui regroupe 15 marques, dont
Citroën, Chrysler, Fiat, Opel ou Peugeot, ait décidé de prendre une
participation de 150 millions d’euros dans la société californienne Archer dont
le premier modèle, le Midnight a été commandé à 100 exemplaires par United
Airlines qui a versé 100 millions de dollars pour cela. Le Midnight n’entrera
pas en vols commerciaux avant 2025, mais, d’ores et déjà, Stellantis s’est
positionné pour en assurer la totalité de la fabrication.
Reste à savoir à quoi et à qui vont servir ces
nouvelles machines volantes. On voit bien que les Américains les destinent
essentiellement à assurer des liaisons entre les aéroports et le centre des
villes où d’ailleurs il est facile de trouver des plateformes pouvant les
accueillir. Par contre, pour nombre de pays, ce nouveau moyen de transport
pourrait être très bien employé pour désenclaver les petites et moyennes villes
en utilisant tout bonnement les terrains de sport largement sous employés en
semaine. Ce qui était refusé aux hélicoptères pour d’obscures raisons pourrait
bien être autorisé pour ces engins à propulsion électrique, pilotés ou non. Il
faudra néanmoins repenser la gestion de l’espace aérien près du sol et en zone
urbaine. Voilà un beau sujet de réflexion et d’action pour les contrôleurs
aériens.
A l’autre bout du spectre, Airbus annonce l’arrivée
prochaine sur le marché de l’A321XLR. Cet appareil aura un rayon d’action de 8’700
km, et consommera 30% de moins au siège que les modèles les plus performants
actuels. Il pourra transporter ainsi autour de 200 passagers sur la plupart des
liaisons aériennes actuelles. Le premier vol s’est déroulé le 15 juin 2022, la
certification de l’appareil est en cours pour une mise en service dès 2024.
Voilà qui va donner de nouvelles possibilités aux compagnies aériennes qui ont
besoin d’un modèle de moyenne capacité mais de grande efficacité pour limiter
leur risque.
Se pose alors la question de l’utilité future des
méga hubs dont un certain nombre sont soit en opération comme Istanbul ou
Pékin, soit en construction comme le Dubaï World Central. A partir du moment ou
des flux de moyenne importance pourront être servis avec des appareils
performants, pourquoi les opérateurs perdraient-ils les avantages économiques
et commerciaux de vols directs entre les aéroports de taille beaucoup plus
petite mais beaucoup plus faciles à opérer pour aller se connecter avec
d’autres de même taille dans les très grandes plateformes ?
Voilà posé aux deux extrémités du transport aérien
deux nouvelles possibilités. Le transport aérien a toujours fait la preuve de
sa capacité à se renouveler. C’est peut-être bien ce qui est en train
d’arriver.
Philippe Meyer
Philippe Meyer - YouTube

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