Boeing : la cause de ses déboires
Pas de jour sans que l’on ne retrouve dans les médias un nouveau déboire survenu à un appareil fabriqué par Boeing. Tout prend d’ailleurs une importance parfois démesurée. Bientôt il suffira d’une éraflure sur le siège d’un appareil pour que cela fasse la une des journaux. Je note cependant que la FAA, l’organisme américain qui contrôle l’aviation civile, a demandé récemment une enquête approfondie sur les pratiques industrielles du constructeur. C’est dire à quel point Boeing est maintenant devenu la cible de toutes les interrogations sur la sécurité du transport aérien.
L’affaire
remonte à quelques années. Lorsque Boeing a racheté les activités de McDonnell
Douglas en 1997, il n’a plus eu de véritable concurrent dans la construction
aéronautique américaine et même mondiale si on excepte l’européen Airbus qui
commençait à poindre son nez. Le géant de Seattle a alors profité de ce rachat
pour transférer son siège social à Chicago avant de l’amener plus récemment à
Arlington, le tout pour des raisons d’économies fiscales. Il faut dire que les
énormes groupes financiers ont alors mis la main sur le capital et qu'ils
veulent à tout prix des résultats. C’est ainsi qu’entre 2015 et 2020 Boeing,
qui a enregistré un très important bénéfice de 22 milliards de dollars, a
cependant reversé en dividendes et rachats d’actions pas moins de 61 milliards
de dollars à ses actionnaires. Et pour financer cette distribution, le
constructeur a dû emprunter 51 milliards de dollars aux banques.
Alors
progressivement la grande maison a perdu ses fondamentaux qui étaient de
fabriquer des avions d’’une sécurité non égalée et avec laquelle il n’était pas
question de transiger, pour se transformer en une machine à distribuer de
l’argent à des actionnaires avides de cash pour rémunérer à leur tour leurs
mandants. Pour l’exemple le principal actionnaire de Boeing « The Vanguard
Group » gère 264 fonds d’investissements qu’il faut bien alimenter.
C’est en
2016 qu’Airbus a mis sur le marché la version Neo de son appareils drapeau
l’A321 dont la version long courrier le A321NeoXLR a été présenté en 2019 pour
une entrée rapide en opération. Voilà ce que le constructeur américain ne
pouvait accepter sans réagir. Or à l’encontre d’Airbus dont l’architecture de
la série A320 permettait un équipement de moteurs plus gros, Boeing ne
disposait que des dernières versions du B 737-800 dont le train d’atterrissage
un peu trop bas ne permettait pas de supporter les bons moteurs. Et au lieu de
repenser totalement un nouvel appareil, comme Airbus l’a fait pour remplacer
progressivement l’A340 par l’A350 de conception totalement originale, Boeing a
cherché la formule la moins onéreuse, celle qui nécessitait un minimum de coûts
de recherche. On a vu le résultat.
Mais ce que
l’on a constaté également est que la culture de la sécurité avait
progressivement disparu au profit de celle du résultat financier. Et compte
tenu de la complexité de construction d’un avion et de la multiplicité des
sous-traitants, chacun en charge de la construction d’une partie voire d’une
toute petite partie de l’appareil, la garantie de la sécurité est devenue un
vrai casse-tête et oblige les constructeurs à de considérables investissements
pour les contrôles qualité. Or, il semble bien que ces investissements n’aient
pas été réalisés par Boeing pendant quelques années. Le constructeur en paie
maintenant le résultat. La sanction est très forte et l’image du fabricant en
est durablement affectée.
Commentaires
Enregistrer un commentaire